La dernière fois que je vous ai quittée, le 16.05 je partais de Kaboul pour Bamiyan.
Pour ceux qui ne connaissent pas c'est la vallée où se trouvaient les bouddhas que les Talibans ont fait sauter !
Mais pour voyager en Afghanistan j'ai dû réapprendre à me déplacer. Je suis parti de France avec 600 kg de matos, après avoir abandonné mon véhicule au Turkménistan j'avais 80 kg, en Ouzbékistan 60 kg et aujourd'hui j'ai dû troquer mes 2 valises pour un sac à dos. Je me déplace avec 30 kg le strict nécessaire pour pouvoir emprunter les transports du pays.
Vous les jeepers au volant de votre véhicule, savez-vous ce que c'est que de se déplacer avec un sac à dos ! Certes, pas besoin de passer les vitesses ni de faire ronfler le moteur c'est le calme complet (planet friendly).
Croyez-moi on se sens bien seul sur ces routes et le chemin est long, et les pieds vous font mals. Mais j'ai décidé de poursuivre le voyage. Pour faire ces trajets j'ai trouvé un taxi qui a bien voulu me conduire dans ces lieux. 60 km de bitume puis il prend un chemin de terre qui tient plus de la piste. Une route qui illustre la tragédie des guerres qui ravagent le pays : impacts de balles, trous d'obus, ruines et carcasses de chars balisent le chemin et nous avertissent qu'il ne faut pas se laisser griser par la beauté du paysage, le parcours est encore dangereux.
Mon chauffeur avec force gestes me décrit ce qu'il doit éviter : l'index mime le geste d'appuyer sur une gâchette, là, il parle des seigneurs de la guerre pour ensuite, du doigt, mimer un égorgement, là il parle des Talibans ... et toujours son regard navigue de la route aux crêtes environnantes.
Le gros inconvénient c'est qu'il veut aller vite et ne pas s'arrêter, comment faire de la photo dans ces conditions... j'ai essayé mais malheureusement je n'ai pas sauvé grand-chose de la série de clichés pris à la volée par la vitre entre deux cahots ... 4 crevaisons et 10 heures plus tard me voilà à Bamyan. Ce n'est plus la ville de 60 000 habitants comme écrit dans mon guide, tout au plus un petit village avec une rue principale (il n'y a réellement qu'une rue) où se concentre toute l'activité commerciale. Rue qui se transforme en bourbier au moindre orage...
L'eau courante est incertaine et l'électricité réservée à ceux qui possèdent un groupe électrogène. J'ai trouvé un hôtel et pour 20 $ je loue une petite chambre, qui ne possède ni lavabo ni douche ni WC, mais j'ai l'électricité de 19 h a 22 h...
Bamyan se situe dans une vallée magnifique où malheureusement les plaies de la guerre sont à vif : tout n'est que ruines.
Le 25.05.2007,
Je reprends la piste Bamyan-Yawkwalang de quoi faire rêver tous les fans de raid 4x4. Dans le genre Xtreme ...
Hormis les ornières, les chutes de rochers, la neige et les inondations, il faut compter avec les incursions talibans toujours possibles, et mon chauffeur ne sera tranquille qu'après m'avoir déguisé en afghan !
Enfin tranquille...il lui arrive fréquemment de voir au loin une troupe suspecte, qui en fin de compte se révèle être un troupeau...
Le jour se termine non sans craintes mais sans problème; Mises à part les incessantes crevaisons dues surtout à l'état lamentable des pneus de notre voiture qui, de temps à autre, je le soupçonne, roule sur les chambres à air !
Mon chauffeur ne veut pas aller plus loin. La peur taliban ou le désir de faire monter les enchères en fonction du risque me voila seul dans un bourbier sur la route au milieu de nulle part, à la recherche d'un chauffeur pour rejoindre Chaghcharan puis Herat.
Pas la peine de faire des projets, les événements défont les plans les mieux préparés, alors j'avance et ensuite j'improvise (en vérité je fais semblant d'improviser car je ne fais que m'adapter !)
L'événement qui change tout c'est mon sac à dos made in China-afghani dont les courroies ont craqué l'une après l'autre...
Avancer sur un chemin chevrier de montagne, avec un sac à dos de 30 kg n'est déjà pas facile, mais lorsque tu entends un craquement sinistre dans ton dos, au niveau de ton épaule gauche...l'estomac se serre et tu dis non non pas ça, et bien si, ça et ça arrive dès le deuxième craquement où tout le poids de ton sac bascule à droite, te déséquilibre et te force à gueuler ''MERDE'' ! Me voilà le cul à terre et je dois refréner le désir d'envoyer des coups de pieds au responsable de la chute, si je ne veux pas pleurer sur les débris de mon PC...
Je reprends mon sac, sur une épaule, 5 mn sur la droite 5 mn sur la gauche et j'invente des jurons dont je ne soupçonnais pas l'existence !
20 mn de route ont eu raison de la deuxième courroie, voilà mon sac à dos transformé en un machin qui n'a ni poignée ni sangle !
Dur-dur...
La solution va se présenter sous la forme d'un berger, qui devant mon infortune voudra bien me prêter le dos de sa mule pour poser mon sac et, comble de chance, m'escorter jusqu'à Band-e-Amir au centre des montagnes de l'Hindou Kouch .

Le mont Tirich Mir dans la chaine de l'Hindou Kouch
Je vous raconterai la suite prochainement et croyez-moi les Photos que vous verrez se méritent.
A bientôt les amis jeepers profitez-en bien car les voyages nous réservent parfois des surprises.
Jean-Simon