
Après les différentes péripéties Jean-Simon poursuit son voyage. Il a pu s’acheter un petit appareil de photos qui lui permet de nous faire vivre ses randonnées au travers d’un pays difficile, très souvent contrôlé par les militaires qui se posent beaucoup de questions sur son sujet, surtout lorsqu’ils s’aperçoivent que son visa, il est allé en Afghanistan. Il nous raconte une étape de son voyage :
Départ de Cartago à 2 h. du matin destination Quibdo, capitale du Chocó, 11 h. de route. Plus exactement, 4 h. de route et 7 h. de chemins défoncés.
Il est des choses amusantes en conduisant sa Jeep, qui deviennent pénibles dans un bus du siècle dernier...
À Ste Cécilia, contrôle de police. Tout y passe, jusqu'à la soute à bagages.
De chaque côté de la route, un bunker de sacs de sable et les postes de tir recouverts d'un filet de camouflage donne à l'ensemble un air de citadelle assiégée.
Je descends du bus, et après une lente et prudente circonvolution je profite de la petite taille de mon compact pour prendre, à la volée, quelques photos.
Retour au bus, échec et mat : arrêté, interrogé sur ma présence et ses motifs, les "Rambo" soupçonneux visionnent mes photos et les effacent...
Ici c'est quasiment la loi martiale, interdiction de photographier un militaire, un pont, un bâtiment public, un carrefour jugé "stratégique" etc...
Ils ne m'ont laissé que la photo d'un perroquet.
Quibdo est une ville quadrillée par l'armée. Chaque carrefour a son contingent de fusils-mitrailleurs et autres joyeusetés Kaki.
Sur le quai, un homme armé tous les 100 ou 200 mètres. Il est vrai que le fleuve traîne des souvenirs sanglants...
Un quartier commerçant de petits boutiquiers tient lieu de centre-ville. En fait, Quibdo est un ensemble de faubourgs sur lesquels se sont greffés des sortes de bidonvilles régulièrement souillés par les crues du fleuve.
L'animation des petits commerces cache un chômage endémique qui laisse toute une partie de la population au bord de la misère. Deux sources de travail : la mine (or) et la police. Pour les autres, deux remèdes : la bière ou l'aguardiente. Et deux formes de rêves, loteries et machines à sous, poussent comme chiendent, et puis les récompenses promises à grand renfort de spots télévisés ou d'affiches, pour tout renseignement menant à la capture de "bandits" et de "terroristes".
Je suis encore arrêté et interrogé parce que je photographie quelques rues. Cette fois ci je pique une grosse colère et le zèle de mon inquisiteur se tempère quelque peu jusqu'à se limiter aux sempiternelles injonctions à la prudence.
Il faut dire que dans la région je suis le seul "touriste" et je fais "tache".
La "Venise" de Quibdo ! Les favelas de la honte ! La Cour des miracles...
Le miracle, c'est que dans de telles conditions de vie, il puisse y avoir une vie...
Ici, l'infernal est le quotidien...
La chaleur, la pluie, les crues et décrues du fleuve chacun amène son lot de malheurs, mais des ordures ou de l'indifférence je ne sais plus où est l'intolérable.
J'ai honte de mon impuissance, mais est-ce une excuse ?
En fait ce n'est pas l'impuissance qui me fait honte, c'est la facilité avec laquelle j'accepte tout ça. Le syndrome de Ponce Pilate...
Les journaux font état d'un affrontement entre Farc et forces armées qui aurait fait des victimes dans les rangs de la police. Dans un petit village, situé au cœur de la forêt, Tutunendo.
Je fais mes bagages et j'y vais.
Une "Chiva" assure la desserte du village, voilà j'achète mon billet et je suis parti...
Jean-Simon





DERNIERE MINUTE
Un impossible défi !
27.05- Pour le trajet, j'ai envie de retourner en Colombie par la jungle.
Depuis San Francisco de Orellana, descendre la rivière Napo, rejoindre le fleuve Amazone qui traversant le Pérou, passe par Leticia en Colombie avant de poursuivre son cours au Brésil. Un mois de navigation (en pirogue), á travers la forêt.
Deux freins au projet : le cout (?) et les autorisations nécessaires (?)
Un bémol de taille : tout le trajet se fera dans des conditions de faible luminosité, conditions déplorables pour mon petit appareil photo...Mais je suis tenté.
Je vais donc rejoindre rapidement San Francisco de Orellana pour étudier sur place la faisabilité de ce trajet.
2.06. Direction El Coca (Puerto San Francisco de Orellana) point de départ idéal (parait-il) pour l'Amazonie
J’ai hâte de sentir monter mon taux d'adrénaline, ici je commence à m'endormir.
Aujourd’hui il remonte le fleuve Napo au Pérou, à suivre… ?
Jean-Simon FERRER
