

La Colombie n’est pas le pays de rêves que jean-Simon avait espéré…les catastrophes s’accumulent ? En arrivant il s’est fait dépouiller de son argent. Aujourd’hui 23 mars il raconte :
Je suis à Bagota et je vais descendre dans le sud vers Popayán et San Augustin à la découverte des vestiges d'une civilisation antérieure à celle des Incas. Je vais prendre mon bus qui se trouve à la gare routière sur son aire de stationnement, et comme il tombe des cordes tout le monde se hâte vers la soute à bagages. Là, un employé de la compagnie prend mon sac à dos et me donne un reçu. Au moment de lui donner mon autre sac à dos contenant le matériel photo, un autre employé de la compagnie (même chemise, même logo, même pantalon) me dit : "non monsieur, les petits bagages vont à l'intérieur du bus". Je monte avec mon sac, et l´homme en question (un faux-vrai ou un vrai-faux ?) le prend, le dépose au fond du bus, derrière un rideau qu’il referme ensuite. Je lui recommande de bien prendre soin de ce sac qui contient du matériel fragile... tranquilo, tranquilo señor... sont seg uro, No mie do...
Ensuite il me désigne mon siège, côté vitre, me fait une démonstration sur les différentes positions type "couchette", puis place à côté de moi, côté couloir donc, une jeune femme et son bébé sur les genoux.
Le car s'en va. Je suis fatigué et tombe dans un profond sommeil.
Réveil le lendemain matin, il est 7 h et mon sac n'est plus là. Deux heures au poste de police, enregistrement de ma plainte, mais à quoi bon... la compagnie donne un reçu pour les bagages déposés en soute et ne répond pas des autres. Mon employé serviable n'appartient pas à la compagnie (?) et pour parler clairement je suis "baisé".
D'après la police je me suis fait "souffler à la scopolamine" (drogue employée couramment en Colombie), ce qui explique mon sommeil et mon manque d'inquiétude.
Mauvais karma : syncope à Madrid, vol à l'arraché de mon argent à Carthagène et disparition de tout mon matériel au départ de Bogota.
Que puis-je donc risquer d'autre ?
Hier j'ai observé pendant près de deux minutes une chose rare et magnifique : un colibri.
Un enchantement, deux minutes d´éternité...
Chaque jour je voudrais me crever un œil à force de fixer ce que je ne peux plus traduire avec mon appareil photo, je sais que je ne peux rien y faire, mais c'est ça le plus dur, cette frustration permanente...
Il me reste encore un moteur qui me fait continuer : jusqu'où puis-je aller ?
Comme disait l'autre : tout perdre sauf l´honneur. Revenir en France me refaire une santé côté finance ? Et comment donc faire sans mon matos ?
Et comme dirait encore un autre : mort aux vaincus !
Pour l'argent ça va, pour le reste, comme on dit au casino "les jeux sont faits rien ne va plus". téléphone, dictaphone, mp3, imprimante, appareil photos, objectifs, cartes mémoires etc...tout à disparus.
Le présent est gâché, et l'avenir m'a été volé. Mais qui se plaint se fait mal.
Mes nouveaux projets? Franchement, encore un peu choqué, je ne sais pas. A priori, bien que n'ayant plus rien à espérer des suites de mon voyage je vais sans doute continuer en abrégeant le côté touristique. C'est à dire en 1- emprunter un circuit où circulent les "Farc", n'ayant plus rien à perdre je ne risque pas grand chose, et en 2- aller faire un séjour en Amazonie si je peux trouver un transport fluvial et remonter soit le Rio Caqueta soit le Putumayo. Par voie de terre impossible, il n'y a ni route, ni piste et le transport aérien n'est pas budgétisé. De plus, le fleuve est la voie la plus riche en émotions esthétiques et autres…
En attendant j'essaie de survivre à ce cataclysme et je prends une pension à San Augustin. "Hôtel Copacabana", chez Pedro.
Il ne faut pas se fier au nom, ici nous sommes chez "Blanche-neige". Enfin, pas tout à fait, mais chez les 7 nains c'est sûr. Et j'ai la chambre de l'un d'entre eux.
Sur des murs blancs, au soubassement d'un vert éclatant, se découpe une petite fenêtre (50x50 cm) agrémentée de quelques barreaux de bois tourné d'un vert tout aussi joyeux (tiens, ce doit être chez lui !).
Verts, les volets ouverts laissent deviner l'absence de fenêtre vitrée.
Une petite porte (sans serrure ni verrou), je baisse la tête et j'entre. Un lit avenant occupe la moitié de la pièce. Je fais quatre pas en avant et bute contre le mur, deux pas sur le côté et je tombe sur le lit. C'est vrai le matelas est sympathique... Je me relève, m'étire, lève les bras et je touche le plafond. Voilà une pièce sécurisante, au moins je ne risque pas de m'y perdre. Mais n'oublions pas que je suis chez "Joyeux", et ce, pour la modique somme de 5 euros, vraiment pas de quoi être "Grincheux".
J'adopte la chambre, et je m'informe sur les conditions d'une "pension complète". Pedro, après de longues discutions, indignes de ce conte, me propose : petit déjeuner (2 œufs+1 café), déjeuner (1 portion de riz+1 banane frite+1 morceau de poulet), et dîner (1 soupe de haricots rouges+1galette de maïs+1 petit bout de viande), le tout pour 5 euros.
Dix euros, nourri logé, "Joyeux" n'est pas riche...
Et "Blanche-neige" ? À dire vrai, cette histoire est triste, car elle n'est pas venue.
Je décide de poursuite sans appareil photo et je pars pour San Augustin. 4 h de marche et seulement 12 km (aller-retour) pour voir les vestiges d'une civilisation antérieure à celle des Incas.
D'étranges statues, témoins d'un monde inconnu et disparu. Statues aux formes massives, dont la tête ronde occupe la moitié du corps. Une tête énorme, qui seule semble avoir eu de l'importance. Le corps, tronqué, est figé ; la tête, capte l'attention.
En fait la seule expression que l'on trouve, c'est l'agressivité. Traduit-elle une caractéristique de ce peuple ou est-ce un moyen d'inspirer la peur et d'éloigner les importuns ? Ou alors est-elle le signe de l'importance du personnage, de son rang social ?
Dans les bois, tout au long d'un sentier empierré, sinueux, je rencontre des créatures étranges, les vestiges de leur lieu d'habitation, et des tombes qui, malheureusement, ne parleront guère qu'aux spécialistes du genre.
L'intérêt s'éveille devant quelques trilogies qui semblent monter la garde devant une sorte de dolmen.
Au centre, un personnage à l'air important, large, massif, la tête énorme, de très grands yeux, un nez large de type négroïde, une bouche ornée de canines hypertrophiées, véritables crocs de jaguar, le tout inspirent la crainte et traduit l'importance, la puissance de ce personnage encadré de deux guerriers qui, bien que sensés le protéger, semblent beaucoup moins agressifs et dangereux que lui.
Les statues sont sculptées dans des blocs de pierres plates. Rares sont les sculptures tridimensionnelles.
Un essai, de facture assez grossière, mais que tout le monde remarque : il s'agit d'une sculpture représentant un homme et une femme s'accouplant dans la position dite "en levrette"...
Pour moi, le plus étonnant fut le lieu nommé "fuente cérémonial de lava patas", ce que je traduis mot à mot, par "fontaine pour le cérémonial du lavage des pieds".
On y accède par un petit sentier qui descend dans les profondeurs obscures de la forêt.
Une énorme grenouille de pierre, colossale sculpture où l'agressivité fait place à une sorte de bonhomie énigmatique, semble, tel un sphinx étrange, veiller sur les lieux.
Et puis, après un dernier détour, le chemin débouche sur une merveille : chutes d'eau, marmites, cascades, ruisseaux, pierres et rochers, jouent au milieu d'étranges sculptures dans un labyrinthe où je ne sais plus qui est la musique, qui est le musicien ; mais peu importe, la partition est magnifique.
Ici, l'homme et la nature se sont alliés pour nous donner une Œuvre d'Art.
Et je ne peux toujours pas faire de photos !
J'ai beau regarder dans les magasins les appareils photos sont extrêmement chers et ne répondent pas à mes exigences. J'ai investie dans cet appareil plus de 3000€, alors mon esprit vagabonde et je ne trouve pas de solutions! Je pars, sans savoir où je vais, aujourd'hui j'arrête toutes communications, lorsque je serai prêt je reprendrais contact avec vous, mes Amis souhaitez-moi bonnes chances !!



